English    Español  

Développement autochtone

Développement autochtone: justice sociale, droits relatifs aux ressources et hybridité institutionnelle

Ce projet porte sur les intersections de la justice sociale, du droit aux ressources et de l’hybridité institutionnelle en lien avec les territoires sur lesquels les peuples autochtones d’Australie ont des droits partiels et/ou exclusifs. Nous reconceptualisons les notions de développement en nous attardant aux variations locales, à l’hybridité et aux écarts de ces notions avec la constellation des discours occidentaux hégémoniques en la matière. Cette démarche nous permet d’examiner les institutions locales et les formes hybrides occidentales/coutumières qu’elles prennent dans des contextes où l’identité et la géographie politique autochtones demeurent prédominantes.

Ce projet se déroule au nord de l’Australie, du Parc national de Kakadu à l’ouest aux terres des Yolngu à l’est. La majeure partie de cette région fut officiellement reconnue en tant que Réserve autochtone de la terre d’Arnhem par l’État colonial, puis reconvertie plus tard en l’absence de processus de revendications territoriales autochtone (pour l’obtention d’un titre inaliénable de pleine propriété) comme il se doit en vertu de la Loi sur les droits fonciers de 1976. La population autochtone de la région dénombre environ 10 000 individus. La superficie du territoire est de 120 000 kilomètres carrés, couverts par la savane tropicale, comptant des escarpements ainsi que des plaines inondables d’une grande biodiversité. Quatre aires protégées autochtones (Warddeken, Djelk, Dhimurru et Yirralka) ont été déclarées en terre d’Arnhem en reconnaissance de leur valeur écologique de classe mondiale. De surcroît, le Parc national de Kakadu est inscrit à la liste du patrimoine mondial au vu de ses richesses culturelles et environnementales.

Les peuples autochtones de cette région font l’expérience d’une grande pauvreté. Deux importantes mines sont en exploitation à Jabiru, à l’intérieur du Parc national de Kakadu, et à Gove. Appartenant toutes deux à Rio Tinto, elles offrent des emploi localement, bien que les Bininj dans l’ouest et les Yolngu dans l’est éprouvent des réticences à accepter ceux-ci. Les redevances payées par les mines s’élèvent à des dizaines de millions de dollars depuis les années 1970.

L’État australien ratisse largement en cette région du pays, moins en termes de gouvernance puisque que les communautés sont peu peuplées et très dispersées, mais plutôt en termes de transferts afin d’offrir une gamme limitée de services aux citoyens et de l’aide au bien-être pour les individus et les familles. Un fort degré de dépendance, de pauvreté et de désengagement politique rend la population régionale très susceptible à la fois aux politiques de l’État et à ses changements (qui sont décidés de façon unilatérale).

Au cours des dernières années, mais surtout depuis l’intervention Northern Territory Emergency Response (NTER) du Commonwealth en 2007, un consensus néolibéral s’est élevé, voulant que les populations autochtones de cette région adoptent des normes occidentales et rejoignent la société majoritaire de manière à ce que soit comblé le fossé statistique entre celles-ci et les autres Australiens. Au cours de la période postcoloniale, les moyens de subsistance représentaient un tout hybride incluant des subventions de l’Etat, une participation partielle au capitalisme de marché et des activités du secteur traditionnel non marchandisé. Ces moyens de subsistance hybrides ont été soutenus par l’État et en particulier par un programme communautaire de « travail pour indemnité de chômage » appelé Projets d’emplois de développement communautaire, programme contrôlé par la communauté et appuyé par des organisations robustes. L’offre de services environnementaux dans les aires protégées autochtones de cette région a bénéficié du soutien financier pour les gardes-chasse dans le cadre du programme « Travail en campagne » et a créé des emplois conventionnels s’ajoutant à ceux liés à l’industrie minière et au secteur public. À mesure que les moyens de subsistance postcoloniaux s’effritent, les questions concernant la Subsistance et la souveraineté alimentaire se multiplient.

Les changements climatiques, les animaux sauvages et errants ainsi que les plantes exotiques invasives posent une véritable menace pour la biodiversité régionale. Ces facteurs s’ajoutent au déclin de la vie à la campagne, ce qui rend les gens plus dépendants aux produits achetés en magasin par rapport à l’approvisionnement alimentaire en brousse et aux produits de la chasse.

Trois questions centrales du projet « Développement autochtone: justice sociale, droits relatifs aux ressources et hybridité institutionnelle » qui résonnent avec les thèmes de recherche du CICADA sont:

  • Comment l’idéologie néolibérale réussit-elle à percer bien que le fardeau de la preuve indique que dans cette zone éloignée l’hybridité économique offre des moyens de subsistance plus productifs que les retombées imaginaires du capitalisme de marché?
  • Comment les défis faisant face à la biodiversité régionale peuvent-ils être rencontrés tout en ravivant une production locale assurant la sécurité alimentaire?
  • Quelles sont les notions locales de ce qu’est une bonne vie ? et Comment l’unilatéralisme marquant le développement des politiques a-t-il amoindri à la fois l’autonomie des habitants locaux et les moyens d’organisation du travailleur, permettant en retour à ce que s’interpénètrent les priorités autochtones, l’économie capitaliste et l’État?

De plus, ces communautés se demandent comment leur avantage comparatif dans la gestion de leurs ressources naturelles et culturelles peut être pleinement assumé de manière à atténuer les impacts négatifs inévitables que subissent aujourd’hui les terres et les ressources ancestrales qui leur ont historiquement assuré un niveau de «sécurité alimentaire» autant à l’époque coloniale que récemment.

Les populations autochtones de cette région sont aux prises avec un dilemme important, à savoir comment ils peuvent réellement prendre le pouvoir et influencer politiquement la forme que prendront leurs moyens de subsistance face à la domination de l’État et son engagement idéologique persistant envers le capitalisme tardif.

 

Connexions conceptuelles et méthodologiques au CICADA

Cette recherche entretient des liens étroits avec les concepts de Projets de vie, de Tenure coutumière et de Conservation et aires protégées

Carte 1. Propriétés autochtones et zones de conservation en Australie. Source: Jon Altman
Carte 1. Propriétés autochtones et zones de conservation en Australie. Source: Jon Altman.

En commençant par l’aspect territorial, la région d’intérêt pour ce projet de recherche tombe presque totalement sous le couvert d’un titre de propriété autochtone aussi reconnu par les lois qui lui sont subséquentes. L’existence actuelle d’un conseil juridique des terres, le Northern Land Council, recèle une importance particulière puisque lui incombent des obligations légales comme par exemple de s’assurer que le consentement libre, préalable et éclairé des propriétaires traditionnels est obtenu avant le commencement de toute exploitation commerciale par un tiers. Les dispositions du consentement libre, préalable et informé de la Loi sur les droits territoriaux autochtones accordent aux propriétaires traditionnels un droit de véto sur l’exploitation minière ainsi que des droits sur toutes les ressources d’usage traditionnel ; le long de la côte, ces droits coutumiers peuvent être combinés avec des droits commerciaux.

Une combinaison de droits légaux et coutumiers fut déployée de concert afin d’étendre significativement les aires protégées autochtones à environ 40 % du territoire de la région, tandis que près de 20 % sont reconnus en tant que partie intégrante d’un parc national. Le processus de déclaration a nécessité qu’un grand nombre de groupes de propriétaires traditionnels permette que l’on joigne leurs terres au patrimoine environnemental géré par des groupes de gardes-chasse communautaires. Pour beaucoup, ces efforts de protection des terres ancestrales envers des menaces extérieures (feux, animaux sauvages ou errants, en particulier chats, porcs et buffles, plantes exotiques invasives et pollution marine) représentent un projet de vie qui s’accorde bien avec leur notion du bien vivre, de gagner sa vie, de vivre en campagne.

Carte 2.  Propriétés autochtones et zones de conservation dans l'ouest de la Terre d'Arnhem. Source: Jon Altman
Carte 2. Propriétés autochtones et zones de conservation dans l’ouest de la Terre d’Arnhem. Source: Jon Altman.

Ce projet cherche à étudier les obstacles que les gouvernements, les institutions et les communautés elles-mêmes posent à une telle vision du monde s’inscrivant dans le discours et l’idéologie autochtone et sa pratique.

Une carte foncière de l’Australie place la région d’intérêt pour cette recherche dans le nord du Territoire du Nord. La grande carte qui suit représente à l’échelle Kakadu et l’ouest d’Arnhem (Cartes 1 & 2). Le projet « Développement autochtone: justice sociale, droits relatifs aux ressources et l’hybridité institutionnelle » ainsi que ses partenaires autochtones utilisent cette représentation statistique comme moyen de défense des possibilités pour la conservation des terres ancestrales relativement intactes des communautés autochtones.

 
 

EN SAVOIR PLUS:
Warddeken Land Management Ltd. – Annual Report, 2013-14

Warddeken Land Management Ltd. – Annual Report, 2014-15

 
Directeur du projet: Jon Altman

Thèmes de recherche associés: Tenure coutumière; Modes de subsistance et souveraineté alimentaire; Conservation et aires protégées

Centre Pour la Conservation et le Développement Autochtones Alternatifs