Ogiek

Ogiek

Chepkitale, Forêt du Mont Elgon, Kenya occidental

Un nombre de communautés ogiek de Chepkitale, dans la forêt du Mont Elgon dans l’ouest du Kenya, affiliées au CICADA par l’entremise du Chepkitale Indigenous Development Project (CIPDP) et du Forest Peoples Programme (FPP), se sont engagées au niveau international pour partager leur lutte contre les expulsions forcées dirigées par des initiatives nationales de conservation, ainsi que la création de réserves de chasse.

Contexte historique : conservation et déplacement

Depuis l’époque coloniale, les communautés ont été confrontées à des mesures d’exclusion guidées par des principes conservationnistes modernes. Dans les années 1930, des réserves forestières ont été établies autour du Mont Elgon, entraînant l’expulsion d’un nombre important de ménages ogiek dans une « réserve indigène », dont l’aire ne représente qu’une petite partie de leur territoire ancestral autour de la forêt.

Suite à l’indépendance du Kenya en 1963, la tutelle de la forêt du Mont Elgon est restée aux mains du gouvernement. En conséquence, en 1968, le Parc national du Mont Elgon a été fondé, en plus de deux réserves forestières et une réserve de chasse, toujours basés sur des principes qui excluaient les activités traditionnelles de chasseurs-cueilleurs des Ogiek.

Résistance communautaire et plaidoyer

Peter Kitelo
Peter Kitelo Chepkitale Indigenous People’s Development Project

Peter Kitelo, partenaire du CICADA, représentant du Chepkitale Indigenous People’s Development Project et conférencier à la réunion du CICADA de 2016, a commencé à plaider contre ces expulsions forcées en 2000, lorsqu’il est devenu clair que les autorités tentaient activement d’entraver les réunions autour des discussions sur la problématique foncière. Il explique à la réunion de 2016 :

« Dans la matinée, j’organisais la réunion avec un de mes amis […] et nous avions obtenu toutes les licences nécessaires pour faire une réunion publique. Mais ce matin-là, lorsque nous nous sommes rendus au lieu de rencontre, nous avons constaté qu’environ, je pense, pas moins de 70, environ une centaine de policiers paramilitaires étaient venus occuper l’endroit et […] en fait on nous a dit, […] « vous n’allez pas faire la réunion ». »

C’est ainsi que Kitelo s’est rendu compte que sa lutte l’amènerait au-delà des réunions publiques. En réponse à l’opposition des autorités à la résistance ogiek, Kitelo et ses partenaires ont décidé de défendre leurs actions à travers la création institutionnelle du CIPDP. Un rôle crucial de l’organisation est de légitimer les pratiques et territoires traditionnels des Ogiek par l’entremise de documents communautaires officiels et de cartographie communautaire. De telles stratégies leur ont permis de revendiquer leur souveraineté dans un langage compréhensible par les autorités gouvernementales. En 2013, la communauté de Chepkitale s’est réunie pour documenter officiellement leurs statuts traditionnels, leur permettant d’exister dans un espace souvent oppressif et bureaucratique.

Protection constitutionnelle et moyens de subsistance traditionnels

Le travail de Kitelo se concentre également sur la protection constitutionnelle des moyens de subsistance traditionnels. Son engagement activiste, commencé en 2000, était une période que Kitelo décrit comme un « temps de création constitutionnelle au Kenya », permettant aux groupes de défenseurs d’exprimer leur avis vers la création de nouvelles clauses dans la constitution qui prendraient plus sérieusement en compte les luttes foncières.

« C’était un moment opportun parce que c’était le moment où nous avons fini par nous engager dans le processus de création constitutionnelle et nous avons réussi à avoir […] une ligne [dans la constitution] qui traite des terres ancestrales et des terres traditionnellement occupées par les chasseurs-cueilleurs. »

Aujourd’hui, le combat de Kitelo est loin d’être terminé. Des ménages ogiek font toujours face à des menaces d’expulsion, et leurs maisons et leurs biens sont brûlés par les autorités gouvernementales, même pendant les périodes de négociation. Kitelo et le CIPDP ont maintenant recours à l’action légale afin d’arrêter les expulsions forcées sur les terres ancestrales.

Soutien international et le Mécanisme de Whakatane

Justin Kenrick et personnel du FPP avec des membres de la communauté ogiek
Justin Kenrick et personnel du FPP avec des membres de la communauté ogiek. Source : justgiving.com/fundraising/justin-kenrick

Justin Kenrick du Forest Peoples Programme a fait écho aux paroles de Kitelo lors de la réunion du CICADA de 2016 en déclarant que « les gouvernements ne protègent pas les habitats. Mais c’est l’histoire qu’on nous raconte. Que nous devons payer le prix en droits humains. » Le Forest Peoples Programme a commencé à travailler avec les Ogiek lorsque des menaces d’expulsion ont refait surface en 2011 après que des membres de la communauté aient continué à revenir sur leurs propres terres à Chepkitale, qui était maintenant considérée comme terre de fiducie par le Conseil du comté du Mont Elgon.

Kenrick est d’accord avec l’argument de Kitelo selon lequel la lutte principale affectant les populations locales est la sécurité foncière, qui est menacée par les efforts nationaux et internationaux de conservation et de protection de parcelles de terre de leurs propres habitants. Pour cette raison, le FPP a fait appel à l’Union internationale pour la conservation de la nature (UICN) afin de piloter le Mécanisme de Whakatane – une évaluation des impacts négatifs des projets de conservation sur les populations locales.

📋 RÉSULTATS DE L’ÉVALUATION :
Bien que l’évaluation ait conclu que « les Ogiek ont une relation positive avec leur environnement naturel et a indiqué que les structures communautaires, la présence et les pratiques de subsistance contribuent à protéger la forêt, les landes et la faune », les expulsions forcées continuent à Chepkitale. Cependant, un impact a été noté pour des communautés ogiek dans d’autres localités, car la Cour africaine a « catégoriquement déclaré que la forêt Mau est le foyer ancestral ogiek ».


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