Resguardo Indígena Cañamomo Lomaprieta Communautés Emberá-Chamí, Département de Caldas, Colombie
Resguardo Indígena Cañamomo Lomaprieta
Communautés Emberá-Chamí, Département de Caldas, Colombie
Le Resguardo Indígena Cañamomo Lomaprieta est l’un des six resguardos (réserves) autochtones légalement constitués dans le département de Caldas en Colombie. Le Resguardo est constitué de 32 communautés Emberá-Chamí réparties entre les municipalités de Riosucio et Supía. Le territoire abrite une population croissante d’environ 25 000 personnes dans une zone d’environ 38 km2, rendant l’endroit de plus en plus surpeuplé. Le Resguardo est partenaire du CICADA par l’intermédiaire du Forest Peoples Programme (FPP), qui a étroitement collaboré avec les dirigeants du Resguardo contre les projets miniers intrusifs à grande échelle dans la région.
Pressions territoriales et fragmentation historique
Hector Jaime Vinasco, ex-gouverneur du Resguardo. Source : youtube.com/watch?v=I7kul879v3U
Hector Jaime Vinasco, ex-gouverneur de Cañamomo Lomaprieta, déclare lors de la réunion du CICADA de 2016 :
« [Le Resguardo] a été un territoire assez réduit, fractionné et sous pression tout au long des différents événements historiques […] par des hommes d’affaires fonciers, par des mercenaires de la terre, qui ont d’une manière ou d’une autre utilisé leurs relations avec les notaires, les fonctionnaires de l’état civil, les hommes d’État, pour fragmenter de plus en plus le Resguardo, et aujourd’hui nous sommes confrontés à une réalité douloureuse de discussion avec l’État au sujet des titres coloniaux et des titres de notre Resguardo. »
Exploitation minière à grande échelle vs pratiques ancestrales
Membres du Resguardo Indígena Cañamomo Lomaprieta. Source : landrightsnow.org
Le gouvernement colombien a approuvé et promu un certain nombre de projets miniers d’or et d’autres minéraux à grande échelle dans la région au détriment des pratiques minières ancestrales à petite échelle, qui ont été considérées comme illégales. L’ensemble du territoire de Cañamomo Lomaprieta est pratiquement couvert de titres miniers délivrés par le gouvernement, principalement à des multinationales minières canadiennes.
Comme le souligne Hector Jaime Vinasco, bien que la Colombie représente un exemple prometteur pour la protection autochtone sur papier grâce à la reconnaissance officielle des droits, ainsi qu’aux décisions progressistes de la Cour constitutionnelle, la réalité est beaucoup plus sombre.
« Puisque [le gouvernement] sait qu’il ne se conformera pas, il n’a aucun problème à signer quoi que ce soit. »
Vinasco souligne les 1 202 accords que le gouvernement n’a pas respectés envers les communautés autochtones du pays. En conséquence de cette lutte, Vinasco a combattu sans relâche pour la protection de ses terres contre l’extraction illégale de ressources et l’accomplissement du Plan de Vida (Projet de vie) du Resguardo. Pour ses batailles, et celles de nombreux autres habitants engagés du Resguardo, les menaces de violence sont monnaie courante.
Unir les forces : collaboration interethnique
« Orpailleur dans la zone minière appelée Gavia. » Source : Joining forces, weaving strategies
Viviane Weitzner, conseillère en politiques au Forest Peoples Programme, a été impliquée avec le Resguardo Indígena Cañamomo Lomaprieta en grande partie à travers le projet interethnique Joining forces, weaving strategies, soutenu par l’ambassade de Norvège et le Royaume des Pays-Bas. Ce projet rassemble les membres du Resguardo avec des membres afro-colombiens de Palenke Alto Cauca, représentés au niveau national par le Proceso de Comunidades Negras.
OBJECTIF DU PROJET : « L’objectif principal du projet était de renforcer l’autogouvernance, la défense territoriale et l’autonomie en se concentrant sur l’appropriation et la mise en œuvre du droit à la consultation et au consentement préalable, libre et éclairé dans toutes les prises de décision affectant les territoires ancestraux dans le Palenke et le Resguardo, spécifiquement en ce qui concerne l’exploitation minière. »
—Joining forces, weaving strategies
Reconnaissance juridique et réalisations
Grâce au soutien international et à une organisation renforcée, le Resguardo a travaillé collectivement au niveau institutionnel pour légitimer et s’approprier leurs pratiques minières artisanales, en les normalisant pour les rendre plus sûres, en déclarant le territoire du Resguardo une zone interdite pour l’exploitation minière à moyenne et grande échelle, et en établissant le protocole officiel du Resguardo sur la consultation publique et le consentement préalable, libre et éclairé (CPLE).
⚖️ RECONNAISSANCE DE LA COUR CONSTITUTIONNELLE (2017) :
La Cour constitutionnelle colombienne a reconnu les droits des Emberá-Chamí du Resguardo, ainsi que leur droit aux activités minières ancestrales, ordonnant la suspension d’un certain nombre de projets miniers à grande échelle.